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Le coucher du soleil dans une « source bouillonnante »

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L’un d’entre eux dit :

Un verset du Coran dit que le soleil se couche : « dans une source bouillonnante » (Coran, 18 :86) c’est-à-dire, soit dans une eau mélangée à de la boue, soit dans une eau chaude[1]. Il s’agit de ce verset : « Aussi suivit-il une voie, jusqu’à ce que, parvenu au couchant du soleil, il s’aperçut que celui-ci disparaissait dans une source bouillonnante »[2] (Coran, 18 : 85-86). Or, il est scientifiquement établi que le soleil se meut dans son orbite de façon stable et c’est bien la terre qui tourne autour de lui. Cette erreur scientifique apparente est une preuve que le Coran n’est qu’une production des Arabes qui ignoraient à l’époque cette vérité. Il n’est donc pas la parole de Dieu.

Je dis :

Le verset coranique attribue l’image du coucher du soleil dans une « source bouillonnante » à la parole de Dhû-l-Qarnayn (l’Homme-aux-deux-cornes ou Alexandre[3]) en rapport avec ce qu’il avait observé. Son outil d’observation était l’œil nu. Autrement dit, ses yeux lui ont montré que le soleil plongeait en disparaissant, soit dans une eau trouble parce que mélangée à de la boue, soit dans une eau chaude.

Que verront vos yeux si vous arrivez, en vous dirigeant vers l’occident, au bord de l’océan, si ce n’est ce que les yeux de Dhû-l-Qarnayn ont vu ? L’érudit savant Ibn Kathîr, dit dans son exégèse, à propos de ce verset : « jusqu’à ce que, parvenu au couchant du soleil » : « c’est-à-dire qu’il suivit un chemin jusqu’à ce qu’il parvînt à la partie extrême accessible de la terre du côté ouest.

Quant à arriver à l’endroit où le soleil se couche dans le ciel, cela est impossible. » Puis il ajoute, en expliquant cette partie du verset « il s’aperçut que celui-ci disparaissait dans une source bouillonnante » : Cela veut dire qu’il a vu le soleil, selon sa vision propre, comme étant en train de se coucher dans l’océan.

Tel est le cas de toute personne qui s’arrête au bord d’une mer, il verra le soleil s’y coucher, tandis que celui-ci ne quitte pas l’orbite dans lequel il est fixe. Je dis que ce qu’explique Ibn Kathîr, et de nombreux autres exégètes, c’est bien ce qu’exprime le terme coranique « trouvant » : ce terme décrit ce que les yeux de Dhû-l-Qarnayn ont observé, et cela ne peut être décrit correctement qu’en utilisant la description qui a suivi.

Tous les astronomes, les philosophes et les physiciens du monde entier, s’ils se mettent au bord de la mer et observent le coucher du soleil, ne verront que ce qu’a mentionné le Coran, tel que les yeux de Dhû-l-Qarnayn l’ont vu. Le récit de ce que les yeux voient des planètes, du soleil et de la lune, dans les temps anciens ou modernes, diverge toujours de la façon dont les savants et penseurs en parlent. Faire l’amalgame de ces deux choses relève, soit de l’idiotie, soit de la tromperie.

L’expression divine nous rapporte également un dialogue passé -entre notre maître Ibrâhîm (Abraham) (que le salut de Dieu soit sur lui) et an-Namrûd qui prétendait être un dieu- que les prétendues critiques scientifiques considèrent être une preuve de la naïveté des auteurs du Coran et de leur manque de connaissances primaires en astronomie.

Mais en réalité ce sont leurs critiques à eux qui prouvent leur propre naïveté, et dévoilent la fausseté du caractère scientifique qu’ils voudraient donner à des remarques qui n’ont pas lieu d’être. Dieu (Exalté soit-Il) dit : « N’as-tu pas médité [l’exemple] de celui qui argumenta avec Ibrâhîm au sujet de son Seigneur parce que Dieu lui avait accordé le royaume [et qu’il péchait de ce fait par excès de confiance] ? Lorsqu’Ibrâhîm répondit [à sa question : Qui est ton Seigneur ?] : Mon Seigneur est Celui qui donne la vie et la mort. – Moi aussi je donne la vie et la mort ! lui répliqua—il. – Dieu, reprit alors Ibrâhîm, fait se lever le soleil à l’Orient. Fais-le donc se lever à l’Occident ! C’est ainsi que fut confondu le mécréant et Dieu ne guide pas le peuple des transgresseurs. » (Coran, 2 : 258)

Cela veut dire que ce que voient les yeux de tout être humain c’est que le soleil se lève à l’est et se couche à l’ouest. Le défi serait alors de faire l’inverse de cela : c’est-à-dire faire lever le soleil le matin à l’ouest. Ce dialogue évoque ce que voient les yeux au sujet du soleil, et n’a aucun rapport avec ce qu’affirme la science et la raison, et le fait de mélanger les deux registres est une mesquinerie de mauvais goût. On peut dire à un ami, quelle que soit notre érudition en astronomie : « voici le soleil se lever », ou encore « le soleil est en train de se coucher ». On ne lui dira pas : « voici la terre se rapprocher du soleil si bien que celui-ci apparaît aux yeux des observateurs comme étant en train de se lever » !

Mais peut-être que celui qui a émis cette objection, use de sa ruse pour faire référence, à partir de ce verset, au hadîth qu’al-Bukhârî rapporte d’après Abû Dharr : le Prophète (que Dieu prie sur lui et le salue) a dit : « Abû Dharr, sais-tu où se couche le soleil ? » J’ai dit : « Dieu et Son messager savent mieux. » Il dit : « Il se prosterne sous le Trône. » Dans une autre version le Prophète dit : « Il demande la permission (de se prosterner sous le Trône), et celle-ci lui est accordée. Bientôt arrivera un temps où il demandera la permission et celle-ci lui sera refusée ! »

Son interrogation alors se transporte de ce verset à ce hadîth, et il demandera : comment concilier le sens de ce hadîth avec ce qu’affirme la science ? La réponse est que le soleil, où qu’il soit, est sous le Trône, car celui-ci constitue un toit qui s’étend dans toutes les directions. Le soleil reste à chaque instant, du lever au coucher, en position permanente de prosternation devant son Seigneur. Le sens de sa prosternation, comme la prosternation de toutes les planètes et les créatures cosmiques c’est le fait de se soumettre à son Seigneur et d’accomplir les fonctions dont il a la charge. Ce que nous dit le Prophète (que la prière et le salut soient sur lui) à propos du soleil correspond à ce dont nous informe l’expression coranique dans ce verset : « Ne vois-tu pas que les habitants des cieux et de la terre se prosternent devant Lui ainsi que le soleil, la lune, les étoiles, les montagnes, les arbres, les animaux (…) » (Coran, 22 : 18)

La prosternation du soleil, à la fois dans ce hadîth du Prophète et dans ce verset coranique, est donc perpétuelle et permanente, et n’a pas lieu dans une situation particulière à l’exception des autres cas. Le sens de la prosternation, c’est le fait d’accomplir la fonction que Dieu l’a chargé de remplir, et qui est exprimée dans ce verset : « le soleil poursuit sa course jusqu’à une halte qui lui est propre selon [l’ordre] déterminé par le Puissant, le Sage. » (Coran, 36 : 38)

Autrement dit, le soleil continue de s’acquitter du devoir dont Dieu l’a chargé, et ce, jusqu’au terme qui lui a été fixé, à savoir le Jour Dernier. En effet « jusqu’à une halte qui lui est propre » dans ce verset fait référence au terme temporel à l’arrivée duquel sa mission s’arrête, et non un terme spatial limité ou défini par un endroit précis (comme on pourrait le comprendre du hadîth rapporté par Abû Dharr), car une telle compréhension est erronée.

D’autre part, celui qui est intéressé par la recherche d’une réponse aux problèmes et failles qu’il s’imagine trouver dans le Coran, ne doit pas éviter de regarder les autres versets de Dieu (Exalté soit-Il), comme s’il craignait d’y trouver la solution qui résout le problème et dissipe l’illusion. Au contraire, s’il est sincère dans sa recherche, suite à l’agitation et à la façon criarde dont il dénonce les passages problématiques qu’il trouve, il doit chercher la solution dans d’autres endroits du Coran. En effet, les passages coraniques s’expliquent les uns les autres, et ses données sont complémentaires et harmonieuses.

Par exemple, celui qui entonne aux oreilles des gens –alors qu’il est éloigné d’eux- cette problématique ambiguë qu’il a trouvée dans la description du voyage d’Alexandre : « jusqu’à ce que, parvenu au couchant du soleil, il s’aperçut que celui-ci disparaissait dans une source bouillonnante » (Coran, 18 : 86), il doit également avoir lu la sourate 36 « Yâ Sîn », à la recherche d’autres questions prêtant à équivoque. Il aura donc lu ces versets : « La nuit constitue un signe à leur intention : Nous en extrayons le jour et les voilà plongés dans l’obscurité. Et le soleil poursuit sa course jusqu’à une halte qui lui est propre selon [l’ordre] déterminé par le Puissant, le Sage. Àla lune, Nous avons assigné des étapes jusqu’à ce qu’elle devienne semblable à une palme desséchée. Il ne sied pas au soleil de rattraper la lune ni à la nuit de devancer le jour, chacun évoluant (litt. : nage, flotte) sur son orbite. » (Coran, 36 : 37-40)

S’il dressait l’oreille pour écouter cette parole qui descend des hauteurs sublimes de la Seigneurie, évoquant la nuit, le jour, le soleil, la lune et les lois que Dieu a instaurées en chacun de ces phénomènes, il aurait certainement eu de ces versets la réponse suffisante à lever toute ambiguïté. C’est en effet une réponse convaincante à toutes les questions soulevées précédemment. Néanmoins, le problème de notre époque réside dans le fait qu’il existe des personnes dont la profession est de chercher des problèmes. S’ils ne les trouvent pas, ils les inventent !

Leur profession consiste également à fuir les réponses et les solutions aux problèmes qu’ils suscitent. Si on les conforte avec ces solutions, ils ferment leurs oreilles afin de ne pas les entendre et prétendent ne pas les comprendre. Ils ont lu les versets coraniques qui soulèvent les questions équivoques, mais oublient de s’arrêter sur les passages coraniques qui y apportent une réponse claire…

[1] Cette double signification est vraie pour l’expression arabe « ‘ayn hami’a » qu’il est difficile de rendre en français de façon à garder ces deux sens possibles. (NdT).

[2] Pour des raisons de contexte, la traduction du verset 85 est celle de H. Boubekeur, tandis que la traduction du verset 86 est celle de A. Penot. (NdT).

[3] « Dhû-l-Qarnayn » : (« L’Homme-aux-deux-cornes » ou encore « Le Bi-cornu ») Personnage cité dans le Coran (sourate 18 « la Caverne », 83-98). Les deux cornes symbolisent l’Orient et l’Occident sur lesquels son royaume s’étendait selon la majorité des savants, elles rappellent sa puissance, ou encore la forme de sa coiffe selon d’autres exégètes. Bien que de nombreux commentateurs assimilent cet homme à Alexandre le Grand de Macédoine, Ibn Kathîr réfute cette possibilité en rappelant que celui-là était polythéiste, alors que le Coran parle d’un roi monothéiste. Cependant, Il le rapproche d’un autre roi dont le nom est Alexandre. (voir l’exégèse d’Ibn Kathîr sur les versets 83 et suivants de sourate « la Caverne »). (NdT).

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