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Comment le musulman purifie-t-il son esprit ?

Question :

Votre éminence, pourriez-vous nous donner un bref aperçu sur les différentes étapes de purification de l’esprit, et sur les états de l’âme et les rangs atteints par celui qui veut élever son esprit en suivant l’exemple des pieux ancêtres.

Réponse du Dr Mohamed Saïd Ramadhan Al-Bouti :

Au nom d’Allah le Clément, le Miséricordieux, louanges à Toi Allah. Il n’y a de dieu que Lui, et que la paix et le salut soient sur Son Messager Mohammed, sur ses proches et sur l’ensemble de ses compagnons.

La « Tazkiya » (la purification), un terme coranique, correspond à la quête en vue de purger l’esprit de ses immanquables impuretés. A défaut, ces impuretés peuvent mener leur porteur à sa perte et peuvent altérer sa foi en Allah par la manifestation du manque de sincérité et la perte d’intérêt. Les impuretés les plus graves se rapportent à l’orgueil, la vanité, la rancœur, l’amour du bas-monde agrémenté par l’argent, le statut, le pouvoir, etc.

Le processus de purification se résume à l’occupation de l’esprit par le monothéisme en tant que vérité absolue. L’unicité se réfère à l’expression « il n’y a de dieu qu’Allah » ! La prononcer comme une certitude rationnelle affirmée – Allah est Unique en Soi-même à travers Ses attributs et Ses actions, nul ne partage quoi que ce soit avec Lui. Il est le seul Intendant de tout cet univers, Il est donc le Créateur et l’Exterminateur, Il est le Dommageable et le Profitable, Il est le Donateur et le Dépossédant…

Cependant, l’Unicité ne traduit l’attestation verbale en une certitude ancrée dans le rationnel pour ensuite submerger les émotions, qu’après une observation soutenue d’Allah. Ceci n’est possible qu’à l’aide de Sa glorification, voire de Son évocation, le verbe n’étant qu’un instrument incarnant l’évocation.

Le meilleur moyen d’assurer cette invocation et cette évocation est de rattacher constamment les bienfaits qui touchent l’homme à son Bienfaiteur. Quand on est touché par une grâce, il faut systématiquement penser au Donateur Qui en est forcément la source, les grâces d’Allah étant abondantes et innombrables. Ceci était la voie suivie par notre Maître le Messager d’Allah – Exalté soit-Il.

L’application constante de ce remède mène à la consolidation de la croyance monothéiste au sein de la raison du serviteur en débarrassant son esprit et sa conscience des rapports artificiels à autrui. A coup sûr, cette croyance avec conviction se traduit dans son cœur par un sentiment d’amour, de considération et d’appréhension… Puisqu’il sait par sa raison et ses émotions que le seul Bienfaiteur dans l’Univers est Allah. La flamme de ces sentiments dominants chasse alors les impuretés qui ternissaient l’esprit.

Pour ce croyant dans cet état, sa propre personne ne revêt plus, à ses yeux, de valeur intrinsèque motivant une attitude prétentieuse. Tout ce bas monde ainsi que toute sa portée et tout son contenu sont alors uniquement perçus comme des instruments entre les mains d’Allah – Exalté soit-Il.

En réponse à votre question concernant les états de l’âme liés à ce qu’on appelle communément “absence et présence”, les soufis récents ainsi que les contemporains les ayant suivis ont l’habitude de considérer ces états de l’âme comme des jalons le long du parcourt. Le pratiquant doit viser chaque jalon en vue de l’atteindre puis le dépasser pour rejoindre le suivant.

Néanmoins, ce concept ainsi que l’attitude qu’il entraîne sont contraires à l’état d’esprit de nos vertueux ancêtres, c’est même contraire à l’attitude des imams pratiquant cette voie y compris les adeptes de la lettre des Cachirides.

L’adepte doit emprunter le parcourt dont j’ai parlé afin de s’imprégner de toute la vérité du monothéisme. Le seul objectif qu’il doit garder à l’esprit est d’atteindre un état l’amenant à procéder avec la causalité universelle en n’y voyant que l’Auteur. Une fois l’objectif atteint, le pratiquant s’imprègne de la vérité de sa servitude envers Allah – Exalté soit-Il, et c’était l’ultime fin convoitée par nos vertueux ancêtres.

Les pratiquants pourraient endurer, le long de ce parcourt, ce qu’on appelle l’ « absence ». Il « s’absente » quand il est émerveillé et éloigné des univers par le Créateur, ceux-ci n’existent plus pour lui, il lui arrive d’en parler en décrivant son sentiment comme contraire à la réalité et aux lois.

Sachons que cet état exceptionnel ne constitue pas pour le pratiquant un jalon devant lequel il doit impérativement passer ou s’arrêter ! Il devrait plutôt tenter de l’éviter dans la mesure du possible. S’il n’y parvient pas, qu’il s’ache qu’il éprouve une déficience dont étaient prémunis les compagnons du Messager d’Allah ainsi que ceux qui avaient emprunté leur voie parmi la première génération suivant mes compagnons et parmi l’élite de nos vertueux ancêtres. Il doit essayer, autant qu’il le peut, de dépasser cet état vers ce qu’on appelle la présence, c’est l’état qui lui permet de saisir et d’appréhender la causalité, en conformité avec les lois de la sharia, mais il n’y perçoit aucune portée et il ne lui impute aucun effet.

Ce que je viens d’exprimer sur les états de l’âme est applicable à ce qu’on appelle les rangs, comme ceux de l’endurance, de la louange, de l’acceptation puis de la certitude. Le pratiquant peut commettre l’erreur de cibler une évolution par paliers jusqu’à atteindre finalement le rang de la certitude, alors qu’il doit faire tout son possible, dès le début de sa pratique, afin d’atteindre les degrés de la certitude. En effet, l’endurance n’est pas dissociée de la certitude, l’acceptation ne doit pas non plus se détacher de l’endurance, celui qui décide de lutter contre son esprit malveillant doit plutôt tenter de faire preuve à la fois d’endurance, d’acceptation, de louange, de subordination et de certitude. Pour y parvenir, il faut s’adonner à la glorification d’Allah dont le but n’est pas de faire claquer le chapelet entre ses doigts, mais l’objectif est, en un mot, de se rappeler du Créateur à la vue des créatures et de se rappeler du Bienfaiteur à la vue des bienfaits.

Tout à fait, l’approche liée à la pratique peut pousser certains adeptes à gravir des échelons correspondant néanmoins à des états de l’âme subis et non pas à un parcourt pédagogique destiné à la pratique courante.

Sache, après tout mon frère, que ce que tu demandes est une perception, quelle qu’en soit la terminologie, c’est même un sentiment et une approche que domine l’ordre de la sharia, ce n’est ni un savoir qu’on dispense ni un art qu’on expose ni une profession aidant à gagner sa vie ou à gagner une stature!

L’un des vertueux ancêtres attachés au Seigneur a dit: “Le soufisme, au cœur de l’islam, existait tout en étant indicible, puis il est devenu un mot vide de sens”.

* * *

Question :

Cher Docteur et Maître, Cheikh Mohamed Saïd, qu’Allah vous consolide dans la droiture, je vous prie de me conseiller, d’une manière concise, une oraison journalière parmi les invocations que je peux faire afin d’emprunter le droit chemin. Je voudrais également une autre oraison que je peux prononcer en compagnie de ma famille, le mieux, les mêmes oraisons faites par votre père – qu’Allah le bénisse.

Réponse du Dr Mohamed Saïd Ramadhan Al-Bouti :

Les oraisons que mon père tenait à faire et qu’il recommandait : “Soubhan Allah” (la glorification) cent fois avant l’aube, l’attestation “La ilaha il Allah” (il n’y a de dieu qu’Allah) cent fois après l’aube, l’imploration cent fois à l’aide de l’expression: “Soubhan Allah wa bi hamdihi soubhan Allah Al Adhim” (Exaltation et louanges à Allah, Exaltation à Allah le Grandiose), prononcer l’oraison de l’Imam Nawaoui, la lecture de la sourate Yassine le matin et la récitation de quelques textes du Coran.

[Cet article a été écrit et finalisé juste avant le martyre de l’éminent Imam qui l’a directement supervisé, c’est lui qui a écrit les oraisons dont il recommande la pratique engagée].

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